Vendredi 24 août 2007
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A Argenteuil, les agents municipaux ont refusés de répandre un produit, au nom explicite, le Malodore. Ce produit répulsif devait être diffusé dans les
endroits où s’installe les SDF dans le but avoué de les chasser. Le maire Georges Mothron (UMP, faut-il le préciser ?) n’en est pas à son coup d’essai. Il ad déjà publié une batterie d’arrêtés
interdisant la mendicité en centre-ville. L’un de ces arrêtés évoquait la « gêne olfactive anormale » liée à la présence des SDF. « Le bruit et
l’odeur » , décidemment, sont des valeurs pour une certaine droite, dont il émane des effluves très brunes…
Mothron est connu pour vouloir, depuis son élection en 2003 " gentrifier" sa ville. Dernière ce joli mot se cache une réalité brutale : la destruction de
cités ouvrières, et leur relogement hors de la ville, parfois loin de leur lieu de travail. Des habitants ont parlé de « purification sociale »…
Au delà de cet épisode de la vie politique locale, ce qui apparaît assez évidemment, c’est, encore une fois, la réalité du clivage gauche-droite. Les uns
luttent contre la pauvreté, les autres trouvent plus simples de lutter contre les pauvres. Car ces arrêtés d’interdiction ne concernent que le centre-ville : « Allez mendiez dans les
quartiers pauvres, c’est là qu’est votre place, mais ne venez pas déranger les riches… »
Va-t-on rouvrir les prisons pour mendiants ?
Aujourd’hui Nicolas s’attaque au scandale des procès-qui-n’ont-pas-lieu-alors-qu’il-devraient-avoir-lieu. A ce titre, je lui conseille de ne pas oublier son
ministre délégué à la fonction publique, qui traîne suffisamment de casseroles derrière lui pour faire la cuisine de toute une patrouille scout…
Le Figaro titre donc : Sarkozy veut des procès même en cas d’irresponsabilité pénale. J’aime bien ce titre pour l’absurdité qu’il met
(involontairement ?) en évidence. Si cette annonce était suivie d’effet, il s’agirait de juger des gens qui ne pourront pas être condamnés, parce qu’irresponsable pénalement.
Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait été plusieurs fois attaqué pour sa méconnaissance du monde de la Justice. C’est un
faux-procès. Sarkozy est avocat au barreau, et connaît parfaitement les mécanismes de la justice. Dès lors, quel est le but de ce genre de déclaration ? Je ne fait pas partie de ceux qui nient
l’importance de la dimension symbolique, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la justice. Mais il me semble que l’effet principal de cette mesure serait d’encombrer des tribunaux qui
n’ont pas besoin ça pour l’être.
Quel intérêt présenterait dès lors cette mesure ? Je n’en vois à titre personnel qu’un seul, et il est très politique, au mauvais sens du terme. A propos du
président, Pierre Moscovici avait écrit récemment à son propos :
« Je le crois vulnérable […] sur le terrain purement politique. Nicolas Sarkozy a un terrible ennemi : lui-même. Il est, je l’ai écrit, un joueur,
il lui faut sans arrêt aller plus loin, plus fort, fouler des terres inconnues, transgresser des interdits. Président de la République, il s’ennuie déjà, il veut diriger seul le pays, bousculer
l’Europe, peser dans le monde, repartir déjà en campagne, se mettre en scène en permanence. »
Le but de ce genre de déclaration est d’aller toujours plus loin, de transgresser toutes les frontières, jusqu’à celle du réel. Je ne suis même pas sur de la
constitutionnalité ce cette nouvelle proposition, mais ses récents propos relatifs à la censure exercée par le Conseil Constitutionnel sur les dispositions
relatives aux emprunts immobiliers sont éclairants. Peut importe la constitution, seules comptent ses déclarations. L’important est de frapper toujours plus fort, plus haut et plus loin.
Surprendre, déconcerter, promettre toujours, et la réalité devra suivre. Et si elle ne suit pas, c’est nécessairement la faute de quelqu’un, de quelqu’un d’autre. Si une de ses promesses ne se
réalise pas, Nicolas Sarkozy désigne un coupable. A la première élection, il demandera un mandat contre le fauteur de trouble hier Mai 68, demain le Conseil Constitutionnel ? Il l’obtiendra, mais
cette logique ne fonctionnera qu’un temps. Elle ne fonctionnera qu‘un temps, parce que désigner un coupable n‘est pas le tenir. « En finir avec Mai 68 », si tant est que cette
expression ait un sens, ne réglera pas le problème des dérives financiaristes de l‘économie mondale, dont il était pourtant rendu responsable. D’abord cette façon de fonctionner lassera, puis
elle laissera sceptique et finalement inquiètera.
Nicolas Sarkozy vise toujours plus haut. « Plus dure sera la chute »…