Aujourd’hui se réunit le courant de Ségolène Royal à Melle. J’avais hésité à y aller, mais la conviction que rien d’intéressant ne s’y dirait m’a retenu chez
moi. Sans vouloir m’étendre, cette réunion me parait particulièrement archaïque : c’est la réunion d’un clan, d’un groupe qui se compte, qui évalue ses forces en vue de prendre le parti.
Avez-vous entendu parler d’un séminaire de travail du courant royaliste sur un sujet quelconque, fusse « l’influence du marxisme sur la floraison des tulipes » ? A l’heure où
les socialistes, toutes tendances confondues, tentent de se mettre au travail, le décalage des ségolénistes tout entier tourné vers la prise de contrôle du PS est …décevant. Décevant, parce que
l’élan dont était porteur ce courant , l’énergie qu’il catalysait a parut à nombre d’entre nous, parmi ceux qui attendait une rénovation des pratiques et de la pensée socialiste prometteur. Il ne
faut peut-être pas désespérer, mais prendre le pouvoir sans faire des propositions cette tendances existe déjà en notre sein, c’est celle des fabiusiens, seul courant à n’avoir jamais attaché une
idée-phare à son nom…Et je suis bien obligé de le reconnaître, pour l’instant, l’attitude de Désirs d’Avenir-Ségosphère me répulse plus qu’autre chose. Mais ils seront bien obligé d’en venir au
propositions. S’ils n’ont que le Pacte à proposer, mon choix sera vite fait…
L’agitation de cette prérentrée à gauche suscite chez moi à la fois espoirs et inquiétudes. Espoirs, car je me dis que face à ce bouillonnement intellectuel
et militant, à cette profonde exigence de renouveau, les forces conservatrices au sein de notre parti ne pourront pas cette fois l’emporter. Inquiétudes, car cette réflexion est menée de façon
totalement éclaté, par des groupes d’intérêt divers. Cela peut se comprendre, puisque la refondation a échoué lorsqu’elle a été tenté au sein du parti. Cependant, aussi vite que possible, il
faudra que le débat se réinstalle au sein du parti, bien au-delà des trois débats (l’avenir de la solidarité dans une société individualisée, la citoyenneté dans la nation, le socialisme dans la
mondialisation) prévu par Hollande. Si ces trois débats sont importants, ils sont beaucoup trop larges, et partant de là, beaucoup trop vague. Le risque, en ayant un débat dans ces formes là, est
qu’il n’en sorte rien. J’avoue que des fois je me demande si ce n’est pas le but recherché…Voici ma première contribution au débat :
Comment réinventer ?
a. Avec qui ?
La gauche, profondément divisée, n’a paradoxalement jamais été au pouvoir qu’unie. Comme l’a analysé Peillon dans le texte que je reproduis plus haut, il est
temps de transgresser les frontières des appareils politiques, afin d’éprouver si elles ont encore une réalité, ou si elles ne sont plus, comme il le dit, que « la défense d'intérêts
électoraux particuliers et la fidélité à une histoire révolue ».
Débattre d’abord entre socialistes avant d’aller débattre avec l’ensemble de la gauche n’aura pas la même finalité, le même sens qu’aller débattre avec
l’ensemble des acteurs de gauche. Dans le premier cas, elle débouchera probablement sur une rénovation socialiste. Si nos partenaires de gauche ont la même évolution, ont peut légitimement
espérer qu’en naisse une nouvelle coalition à gauche, un partenariat durable entre différentes forces de gauche.
Le deuxième choix est plus ambitieux, et de fait, plus risqué aussi. Débattre collectivement à gauche, y compris avec les syndicalistes, intellectuels,
associatifs, sympathisants, bref la gauche " élargie" de son cadre strictement politique aurait pour ambition de fondre la gauche, réformiste en tout cas, dans une seule et même structures
politiques. Ce processus a plus de chances d’échouer, en raison des contentieux accumulés par l’histoire. Pourtant, il ouvrirait certain, par son ampleur, une nouvelle phase de l’histoire de
notre pays.
Quelle que soit les modalités qui seront choisis, les modes de délibérations, puis la forme choisie, que se soit l’alliance ou bien la fusion, nous devrons
toujours nous membres du PS, a prendre garde à ce que la réunion des forces de gauche ne signifie pas en pratique leur absorption par le Parti Socialiste, ultra-majoritaire en terme d’adhérents
et d’élus. Au sein de la nouvelle alliance devront être créer des moyens d’expressions des minoritaires qui ne devront pas être confinés au ministère de la parole. Les Verts ne doivent pas être
la " caution écologique" du nouveau mouvement pas plus que le PC ne doit être la " caution sociale" ou le PRG la " caution laïcité" .
b.Inventer des nouveaux modes de délibérations
Les courants furent " inventés" pour permettre l’expression des différentes sensibilités aux sein du PS. Cependant, aux fils des années, des courants sont
apparus sans être réellement justifiés idéologiquement. Ils correspondaient en fait à la nécessité pour un ambitieux de se doter d’une structure de soutien. Comme au PS l’ambition n’est considéré
comme légitime que si elle correspondre à un projet, il est arrivé que soit présenté des motions quasi-semblables, mais qui ne pouvaient pas s’unir parce que représentantes de chefs rivaux.
L’avenir au PS passe par la dissociation du travail de réflexion idéologique et d’élaboration du corpus intellectuel socialiste de celui de la désignation des candidats, notamment à la
présidentielle.
Un autre point important à soulever est celui de l’équilibre à trouver entre la possibilité pour les militant de définir la ligne et la cohérence de celle-ci
: pour donner un exemple, on peut sur les questions économiques se sentir plus proche des strausskahniens et être partisan d’une VIeme République parlementaire. Dès lors, dans ce cas, on vote
pour la Motion 1 (Hollande) ou la Motion 5 (NPS-AS)? On peut être séduit par telle ou telle position de la motion 3 (Utopia), mais se refuser à voter pour cette motion pour " voter utile "
…
On pourrait imaginer que les contributions thématiques soient votées, ce qui offriraient une ligne d’orientation d’être infléchis. Pour reprendre l’exemple
du Mans, on aurait de cette manière pu voter pour la Motion 1 tout en marquant son intérêt pour la VIeme…
En tout cas, plus jamais une synthèse ne pourra être élaborée en une nuit, en petit comité, presque à la sauvette. Le texte définissant l’orientation
politique de notre parti à suffisamment d’importance pour qu’on le traite avec plus de respect…
A ce titre, dans l’élaboration collective des textes, notre parti pourrait profondément renouveler ses méthodes de travail collectif s’il se saisissait de
l’outil Internet de manière efficace.
Afin d’imaginer d’autres modes de contributions que le courants, on pourrait aussi imaginer des clubs transversaux, formés de gens de sensibilités
différentes mais soucieuses de travailler sus tels sujets précis. Par exemple un groupe de travail " écologie" ayant à la fois un niveau national mais aussi des cellules de travail au niveau
local. Les clubs de toutes espèces, du genre d’A Gauche En Europe font souvent des propositions dont l’intérêt est indéniable.
Pour conclure, je dirais que nous devons avoir le courage de sortir de nous même. Le Parti Socialiste tel que l’on connu la plupart des militants n’existe
plus. L’afflux massifs de nouveaux adhérents, l’émergence de Ségolène Royal, l’exigence d’une nouvelle génération va probablement profondément modifier la donne. Au PC, chez les Verts, des
mouvements de grandes ampleurs sont en marche. Si nous savons saisir l’occasion de nous rencontrer, trouver les moyens de discuter et de débattre, alors je crois que nous saurons aussi choisir le
meilleur mode d’union.